Hommage joyeux à Stefano Benni par sa traductrice Marguerite Pozzoli
2026-10-08 18:30 - 20:00
13617, France
L’écrivain,scénariste et dramaturge Stefano Benni est décédé en septembre 2025 , considéré comme l’un des plus grands satiristes de son pays , il laisse derrière lui un héritage d’humour,d’engagement civil de fantaisie débridée et d’une observation acérée de la société italienne.
Son œuvre, reconnaissable à son mélange unique d' humour, de fable et de satire sociale , a captivé des générations de lecteurs et a été traduite dans de nombreuses langues. L'annonce de sa mort a suscité une vague d'hommages et d'envies de relire ses écrits, tous animés par un même sentiment : se souvenir de lui à travers sa plume, comme il l'aurait souhaité.
Sa traductrice Marguerite Pozzoli nous en parle :
"Stefano Benni occupe une place à part dans ma relation avec les auteurs que j’ai traduits. Parce que j’ai traduit une douzaine de ses livres - presque tous. Son écriture était un défi, avec ses jeux de mots, la palette des niveaux de langage qu’il utilisait, sa musique, son humour, son ironie. C’était un hypersensible, pudique derrière son humour décapant, exigeant et fidèle. Il m’avait fait cadeau de sa confiance et de son estime, et nous avons toujours beaucoup échangé sur la meilleure façon de le restituer. En contrepartie, il reconnaissait l’importance de la traduction, m’appelait sa « tradautrice », et a eu la générosité de partager avec moi le montant d’un prix littéraire, car il trouvait injuste que la traductrice n’ait pas droit à cette reconnaissance.
Il n’était pas commode (ce n’est pas pour rien qu’il était surnommé « Il Lupo », le loup), ne supportait ni les mondanités ni la télévision, était d’une culture époustouflante, aimait Rabelais, Queneau, Sylvia Plath, Theolonius Monk, Nabokov, Paolo Fresu et beaucoup d’autres. Il fuyait la cruauté du monde et a su saisir de manière prophétique les maux qui le rongeaient. Le conformisme, la bêtise, les blessures infligées à la planète, la politique-spectacle. Il avait gardé la liberté et l’insolence de l’enfance.
« Bar Sport », son premier livre (non traduit en France) avait rendu mythique la pâtisserie « La Luisona », et provoqué l’instauration du Luisona Day, marathon de lectures benniennes dans toute l’Italie. Il est devenu un classique et figure dans les manuels scolaires italiens. Et, comme la nourriture (à travers la série des « bars », mais pas seulement), a toujours occupé une place importante dans ses livres, j’ai choisi de lui rendre hommage à travers la place qu’elle y occupe et les sens multiples qu’il lui donne. Marqueur social, outil de séduction, occasion de défis et de rivalités, poison ou délice, elle se charge de significations multiples et permet aussi de saisir l’évolution d’une société – le paradis perdu de l’enfance, la nourriture industrielle et la malbouffe – ses modes, ses marottes…"
Voici quelques-uns des titres de lui que j’ai traduits (tous pour Actes Sud) :
La dernière larme (1996)
Héliante (1997)
Bar 2000 (1999)
Saltatempo (2006)
La compagnie des Célestins (2006)
Achille au pied léger (2005)
Pain et tempête (2011)
La grammaire de Dieu (2009)
De toutes les richesses (2014)
Chers monstres (2017)
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