Rentrée de l'AIAPA avec Ferrante Ferranti le 30 sept. au Château de Lourmarin... Les inscriptions aux cours continuent (voir site: nos cours...)

Vous êtes ici :   Accueil » La Provence et moi ou.....l'intégration passe par le palais
 
Prévisualiser...  Imprimer...  Imprimer la page...
Prévisualiser...  Imprimer...  Imprimer la section...
Activités
 ↑  
Voyages
Rubriques
Saveurs

IF.gif Cela fait désormais presque 18 ans que je suis en France et mon accent, trahit toujours mes origines. La plupart des français qui m’entendent  parler comprennent  facilement que ma langue maternelle n’est pas la langue de Molière, ni celle de Voltaire ou bien de Brassens.
Le résultat d’une  telle constatation, selon les humeurs des mes interlocuteurs est une question très directe « d’où venez-vous ? » ou indirecte bien un plus agréable sous forme d’un gentil commentaire style « quel joli petit accent que vous avez »
L’une et l’autre en tous cas soulignent mon statut d’étrangère.
Mais la question qui suit est toujours la question fatale « de quelle région d’Italie êtes-vous ? »
Ma réponse, toujours la même « de la plus belle »
Il faut rendre hommage  au bon gout des français et à leur bonne connaissance car la réponse est aussi  presque toujours la bonne, ou du moins celle que j’aime entendre : la Toscane.C’est vrai je viens de la région la plus belle d’Italie, la Toscane et j’habite, la région la plus belle de France la Provence.Deux régions très semblables. Rien ne leur manque : nature, culture, climat.
Une nature magnifique : des montagnes, des collines, une merveilleuse campagne…….et  la mer, la Méditerranée qui longe nos cotes, ce mare nostrum, comme l’appelaient nos ancêtres, qui nous sépare et nous unit. De villes pleines d’art et d’histoire et les oliviers, les arbousiers, les vignes, les pins et puis les parfums, les couleurs, les mêmes couleurs le même ciel bleu et le même soleil rayonnant….bref tout cela pour dire que je ne  me suis senti pas dépaysée dès mon arrivée, ce loin 8 décembre 1991.J’étais très à l’aise, je retrouvais mes repères, mais…..oui il y avait un mais : la langue
.
Bien sur ici on était en France et on parlait français, ça allait de soi mais ce n’était pas là ou’ résidait tout le problème. Le français en effet, je le connaissais assez pour m’exprimer, pour comprendre et me faire comprendre. Je l’avais bien appris à l’école ou’ on ne m’avait pas épargné de l’apprentissage de la grammaire et des conjugaisons. Ah il faut dire que avec les verbes j’étais imbattable, (bon plus ou moins).J’utilisais le subjonctif à mon grés et je le parsemais dans mes phrases comme je saupoudrais mes pâtes de parmesan, et donc j’en abusais.  Mais cela n’empêchait pas qu’on me comprenne. 
Ce qui me manquait et que je sentais le besoin d’acquérir, c’était une certaine finesse, une subtilité de la langue, la connaissance de tous ces mots qui parfois peuvent vous déstabiliser, et encore plus lorsque vous ne comprenez pas et donc par politesse vous souriez, et vous continuez à sourire jusqu’à ce que vous vous rendiez compte que ce n’était pas la peine car on était en train de vous insulter.J’avais vécu cette situation longtemps auparavant de l’autre cote de l’atlantique. Je n’avais guère apprécié  et je m’étais promis de combler cette lacune.  Mais ou’ m’adresser, pour faire mon apprentissage, ou’ réussir mon« éducation » ? Celle qu’entre moi et moi j’appelais mon « éducation fondamentale ».
Demander à mes enfants ?Je ne pouvais pas leur demander de m’apprendre des mots que je leur interdisais d’utiliser, dans n’importe quelle langue, de plus ils étaient assez jeunes et peut être qu’ils ne connaissent que des mots basics.Les relations liées au travail de mon mari ? Ou à l’école des enfants ?
Bon, mon mari travaillait sur un projet européen, dont  la langue officielle était l’anglais et ses collègues étaient en majorité des étrangers. Mes enfants fréquentaient une école internationale dans la section anglophone. Rien à faire : tous des gens qui maniaient  le français peut-être pire que moi.
Il ne restait plus que mon voisinage. Là ou’ je vivais et je vis, perdue à la campagne sur une colline, il y avait quant même des maisons.
Mais la maison de gauche, était une maison des vacances et les propriétaires  ne venaient qu’au mois d’aout, la maison de droite………, j’avais connus ces voisins, mais la maman m’avait l’air très sérieux, que jamais je n’aurais osé aborder mon sujet avec elle. Il ne restait plus que la maison d’en face ou’ habitait madame Nivain, une octogénaire. Mais comment aurais-je pu aller frapper à sa porte avec ma requête ?à une dame de quatre-vingt ans ? Mais comme souvent c’est le cas, le hasard fait bien les choses. Madame Nivain, faut-il dire, vivait toute seule et souvent s’adressait à ses voisins et donc à moi aussi pour des petits services : la descendre au village (elle ne conduisait plus trop volontiers), lui faire de petites courses…..et pour me remercier elle m’invitait chez elle pour un thé, hormis le fait que nous buvions rarement du the, mais des boissons bien plus gouteuses. C’est comme ça qui démarra notre entente franco-italienne. Je lui amenais mes pates qu’elle aimait bien, elle me servait son excellent champagne ou bien son délicieux vin d’orange qu’elle faisait d’elle-même. Un petit vin qui se laissait boire, bien frais, très agréable et qui rendait encore plus fort ce lien tosco-provençale. Oui car madame Nivain, née à l’ombre de la Bonne mère et qui avait habité toute sa vie au quartier de la belle de mai jusqu’à l’âge de sa retraite, était une marseillaise de pure souche, une marseillaise  en toute sa splendeur avec un vocabulaire époustouflant. C’est grâce à elle que je commençai à remplir ma valise de mots, termes, paroles jusqu’à ce jour inimaginables. Des expressions qui me frappaient, qui m’amusaient qui n’arrêtaient  pas de m’émerveiller, dont j’essayas de deviner le significat sans pour autant toujours y parvenir jusqu’à en arriver à une série de mots qui me charmèrent carrément, des mots envoutants, ensorcelants, captivants, séduisants des mots pleins de SSSSSSSSSSSS qui se terminaient par ce p’tit suffixe en ASSE.

Elle me plaça d’abord un tout petit : Bécasse, une toute petite insulte, suivie de deux termes typiquement provençaux :estrasse, c’est-à-dire une vieille pièce de tissu. Utilisé pour désigner un objet ou une personne en piteux état. L’équivalent de mon italien straccio. Puis radasse, rien à voir avec les radins. La radasse était à l'origine un vieux filet de pêche accroché à un cadre qu'on laissait traîner au fond de la mer pour ramasser les oursins, cette méthode était dévastatrice pour les fonds marins, elle a rapidement été interdite. Depuis on à traité de radasse d'abord les gens (hommes ou femmes) paresseux qui traînaient d'un endroit à l'autre pour distraire leur désœuvrement. De nos jours ce mot s'est étendu à toute la France pour désigner une femme légère mais surtout stupide et vulgaire………….et puis on grimpa d’un cran avec des mots qui grognent  et qui  petent jusqu’à en arriver à un nom, que je ne comprenais pas pourquoi se trouvait parmi cette série…… Un nom qui me semblait familier et qui avait un son joyeux, gentil, à mes oreilles, qui m’évoquait des personnages pour  l’enfance. Ah oui les B.D ! Je pensai aussitôt à la petite blonde Stroumpfette, ca devait être cela le nom avec laquelle on la désignait en  français, pensais-je car en Italie les stroumpf nous les appelons PUFFI, or donc puffi + les suffixe asse, ca devait bien être le nom de la petite sirène blonde chez les petits nains bleus. Mais non, je n’avais rien compris, et celle-ci, s’elle était blonde elle était sans doute une blondasse. Bien sur mme Nivain grimpa toute l’échelle des mots en asse, mais je crois que ce n’est pas la peine de tous vous les détailler, vous devez les connaitre aussi bien que moi. Arriva enfin le jour ou ma valise fut pleine et que je me sentis prête pour affronter le monde.
Mon éducation « fondamentale » avait été achevée.

Mme Nivain n’est plus parmi nous, désormais depuis presque sept ans. Elle nous a quittés, mais elle m’a laissé en héritage deux chose à utiliser avec plus ou moins modération : tout son merveilleux vocabulaire et notamment ces mots en asse que je n’emploie que si je suis poussé à bout et la recette de son vin d’oranges, que je continue à préparer chaque année soigneusement selon ses consignes et que je bois bien frais, en pensant à elle sous ce merveilleux ciel de Provence.


14 mai 2009

 


Date de création : 31/08/2011 @ 11:46
Dernière modification : 02/02/2014 @ 18:48
Catégorie : Rubriques - Diario
Page lue 2682 fois


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !

Lettre d'information
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
khfn
Recopier le code :
43 Abonnés
Le régard de F. Ferranti
Calendrier
 
 
Prévisualiser...  Imprimer...  Imprimer la page...
Prévisualiser...  Imprimer...  Imprimer la section...