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Voyage transalpin de l’AIAPA et des Amis du Festival

Mai 2015

Roland Courtot

photos et dessins de l’auteur

Une phalange d’amis du Festival et de membres de l’AIAPA s’est déplacée pendant plusieurs jours au-delà  des  monts  (la  chaîne  des  Alpes  en  l’occurrence)  pour  assister  à  la  représentation   des

« Puritani » de Bellini à l’opéra Regio de Turin et pour visiter quelques musées de la ville  et quelques palais de la campagne ( voyage conçu et réalisé par l'Association Italienne d’Aix-en- Provence et du Pays d’Aix en partenariat avec L'Association des Amis du Festival d’Art Lyrique). En voici quelques images et quelques impressions.

Sacra San Michele 1.jpg

La Sacra San Michele est une sorte de nid d’aigle perché à 960m sur le dernier piton rocheux dominant la plaine du Pô au débouché du val de Suse ( vallée de la Doire Ripaire) : 600m de quasi à-pic, où des moines ont bâti un monastère fortifié qui lance ses murailles, ses tours, ses nefs vers le ciel. Les roches métamorphiques, qui constituent à cet endroit la muraille alpine sortie toute armée du géosynclinal, ont fourni les matériaux d’un édifice où dominent les couleurs vertes, grises, ocres, les cristallisations du quartz, des feldspaths, des micas, des serpentines,… à des architectes qui n’ont pas hésité à lancer des  colonnes et des voûtes hardies, et des escaliers comme des échelles de Jacob : la dialectique du discours de notre guide locale était d’ailleurs propre à  porter les corps et les esprits vers une ascension matérielle et spirituelle.

Le ciel ne nous est pas tombé  sur la tête, mais les nuages étaient bien proches de nous, et noyaient la vallée dans une brume tenace d’où émergeait vaguement le dessin des champs, les villages et les   routes…

Un « agritourisme », à l’enseigne toute indiquée des « chanoines », nous avait auparavant valu  un accueil rustique, une nourriture et des boissons roboratives, propres à réconforter le pèlerin un peu désarçonné par la rudesse de l’humidité et de la température.

Sacra San Michele 2.jpg

Si la présence de la royauté dans sa capitale a multiplié l’urbanisme monumental et les palais à Turin, elle a aussi provoqué dans la campagne l’éclosion de quelques villas et palais destinés a la résidence et aux loisirs de la famille royale de Savoie ( la « couronne des délices »). Nous en avons visité deux inscrits au patrimoine de l’humanité (UNESCO) :

Venaria 1.jpg

Venaria 2.jpg- La Venaria Reale (le palais de la vénerie), qui tire son nom d’un rendez-vous de chasse à proximité d’une forêt giboyeuse, devint une sorte de Versailles piémontais par la décision du roi (soucieux d’imiter Louis XIV) et les efforts de 4 architectes successifs. De cette mégalomanie, il reste un ensemble étonnant par sa vastitude, mais desservi par un site trop plat et ne favorisant pas les perspectives. Ce qu’on en voit aujourd’hui est le résultat d’une véritable résurrection : depuis la campagne d’Italie de Napoléon Bonaparte (1797) jusqu’à la seconde guerre mondiale, ce modèle de l’architecture classique piémontaise a été livré à l’occupation  militaire   (un  terrain   d’aviation  a

même été aménagé au 20e siècle sur le domaine) avant d’être laissé à l’abandon et vandalisé…Jusqu’à ce que la Région , l’Italie et l’Europe n’entreprennent une restauration encore en cours.

Ce  demi  groupe  est  bien  petit  dans l’immense « grande galerie » de la Venaria…

Venaria 3.jpg

Cherchez l’erreur dans cette image de la coupole de la chapelle St Hubert de la Venaria Reale

(la solution est à la fin du texte)

Stupinigi 1.jpg- La Pallazina di caccia de Stupinigi est un autre site royal dédié lui aussi à la chasse : un immense cerf domine toujours la coupole du pavillon central et les grandes cours et jardins dégagés permettaient de rassembler les cavaliers et les meutes des chasses à cours que les rois de Piémont affectionnaient. La villa (deux immenses galeries en ailes de chaque côté d’un grand pavillon central restaurés récemment) tranche par son plan et son domaine agricole sur les périphéries urbaines que la

croissance de Turin a fait pousser tout autour: une voie « royale » rectiligne joignait le centre de Turin et la villa selon un axe perspectif continu qui organise le plan de l’ensemble des bâtiments et du domaine (appelé viale Torino sur le domaine, mais Corso Unione Sovietica sur une bonne partie de son parcours depuis la ville ! ).

(image aérienne 3D Google earth, vue vers le SSE)

Stupinigi 2.jpg

A Stupinigi, pas besoin de paratonnerre, les cornes du cerf en tiennent lieu !

Stupinigi 3.jpg

Le charmant plafond peint que pouvait regarder la belle Pauline Bonaparte-Borghèse lorsqu’elle prenait son bain dans une baignoire de marbre, pendant le gouvernorat de son époux sur   les « département » italiens. (Palazzina di caccia, Stupinigi)

Piazza Castello 1.jpg

Promenades à Turin

Une vitrine sur la piazza Castello

L’opéra de Turin est une salle très moderne, dans un cadre ancien, sur la place du Castello, dans ce qui a été le centre du pouvoir royal au temps de Turin capitale du royaume de Piémont-Sardaigne (héritier du duché de Savoie), petit ensemble politique à cheval sur les deux versants des Alpes, ce qui n’a pas peu concouru à lui conférer dynamisme et prospérité, comme beaucoup d’ états montagnards, intermédiaires obligés des états des plaines. C’est dans l’Académie militaire, qu’un premier opéra a été construit en 1740, et qu’un tout moderne a été reconstruit en 1973 après l’incendie de 1936. Le grand parterre incliné, qui peut rappeler celui du GTP aux aixois, est fort heureusement beaucoup moins malcommode : des travées dans la longueur et la largeur, des sièges fixes évitent les  « parcours de combattant » que connaissent les spectateurs au GTP, en particulier les derniers arrivés.

I Puritani 1.jpg

Le décor très simple des Puritains a plongé le spectateur dans le drame dès le début : un grand plan incliné de roches nues figurant un cimetière, parsemé de pierres tombales (sous lesquelles le metteur en scène va jusqu’à  faire disparaître des acteurs au deuxième acte), flanqué à gauche d’une porte antique façon arc de triomphe, et fermé à l’arrière plan par une voute aux colonnes  élancées, rappelant la Sacra San Michele…Et dans les costumes les couleurs  sombres dominaient, les chœurs tout vêtus de noir, jusqu’au voile de la mariée qui était noir et devenait un élément du drame, comme le manteau d’Alfredo entre les mains d’ Elvira, dont la robe blanche ou rouge étaient souvent la seule note de couleur dans cette sombritude.

I puritani 2.jpgNous avons visité l’ensemble du bâtiment le dernier jour au matin, de la cave au grenier si l’on peut dire : très peu la scène et ses abords, où les machinistes étaient en train de terminer le démontage des décors des Puritains, mais surtout les coulisses, les zones de répétition (la salle de danse), les ateliers de costumes.

Difficile de dessiner ce tailleur costumier en plein travail : les dames se sont précipité sur lui, voulant tout savoir, touchant les étoffes, palpant les dentelles…

I Puritani 3.jpg

Impression d’enfermement dans  un ouvrage de la ligne Maginot : portes blindées, plafonds bas, tuyauteries partout, fléchages des itinéraires de sécurité obligés…Les merveilles qui  surgiront sur la scène se préparent là, sous terre, à la lumière artificielle…

Le quartier où se trouvait notre hôtel (la « Vieille douane », tout à fait centrale, entre la Mairie, le palais Royal et le grand marché de la Piazza Reppublica) regorgeait de pizzerias, botegas, osterias sympas qui fournissaient toutes les pâtes, pizzas, antipasti, primi, secundi, dolci de la gastronomie piémontaise et au-delà…Ce qui ne nous a pas empêché d’aller dans un quartier périphérique pour trouver de la slow food à gogo à une bonne adresse « Le antiche sere » ( « les soirées d’autrefois » ; en fait, j’ai cru comprendre que cette « nourriture lente », outre les affirmations de ses fondateurs, sert aussi à bien manger, beaucoup, et tranquillement, car on prend son temps…il y avait même au final de l’amaretto, de la grappa ou du limoncello, selon les goûts, pour digérer tout cela…)

Ce quartier central était très animé pendant tout le week-end, car le Saint Suaire était exposé dans la cathédrale et les fidèles faisaient la queue sous la pluie toute la journée pour voir cette relique, symbole chrétien incontournable de la ville. A défaut, on pouvait visiter avec moins de presse quelques superbes églises baroques : San Lorenzo et ses décors de marbres, de colonnes, d’arcs, ruisselant du haut en bas des cinq niveaux sur des plans octogonaux superposés sous sa coupole. Santa Maria Consolata, aussi étonnante de l’extérieur hérissé de coupoles que de l’intérieur marqueté de marbres colorés de la crypte aux plafonds.

Dans la librairie officielle (installée au rez-de-chaussée de l’Edifice de la Région Piémont sur la piazza Castello) on pouvait acheter une reproduction du Saint suaire ou regarder sur écran plat (et éventuellement acheter) un DVD qui faisait l’inventaire de toutes les fresques représentant le suaire dans les églises d’Italie.

San Lorenzo 1.jpg

L’église San Lorenzo, à côté du Palais royal, ne laisse pas un centimètre carré de libre sous les décors, les fresques, les marbres, les colonnes, les corniches, les arcs, …un vrai dictionnaire de l’architecture baroque (elle figure dans le film « Sapienza » qui est passé à Aix en avril )

Musee Egyptien 1.jpgLe musée Egyptien, récemment et totalement « relooké » (fin des travaux en avril 2015), est une surprise : l’égyptologie italienne est à mettre en partie en relation avec l’expédition d’Egypte de Bonaparte. Bernardino Drovetti, un jeune piémontais, l’accompagnait dans cette aventure, qui lança les bases italiennes d’une archéologie égyptienne dont le musée actuel a recueilli les fruits : sa richesse en objets petits et grands des dynasties pharaoniques le place parmi les plus intéressants du monde sur le sujet, et la nouvelle muséographie en fait un modèle de didactique mémorielle.

Avant  de servir  à  « ostraciser »  les ennemis de la cité chez les Grecs anciens, les ostraka servaient comme « pages » d’esquisse aux artistes égyptiens pour préparer la réalisation d’un décor mural peint pour le pharaon: le carnet  de dessins devait être lourd à porter !

Musee Egyptien 2.jpgMusee Egyptien 3.jpg

Ce pharaon n’a qu’une partie du pschent, celle qui symbolise le pouvoir en Haute Egypte

Deux charmantes petites déesses de terre cuite colorée partagent le même fauteuil !

Deux images contrastées du temps qu’il a fait à Turin pendant notre séjour (climat semi-continental exacerbé par la proximité brutale des Alpes) :

Le panorama de la ville depuis le péristyle de la basilique de Superga, lors de la visite que nous fîmes aux tombeaux royaux de la famille de Savoie, le lundi après-midi.

Superga 2.jpg

Le soleil qui nous avait boudé pendant une bonne partie du séjour, s’est décidé à réapparaître le matin du dernier jour, ce qui a permis de voir les 200° d’horizon de la chaîne Alpine enneigée, par- dessus les toits de la ville, à ceux qui en visitant le palais Madame ont eu la bonne idée de monter au sommet de la tour du Castello vecchio.

Le voyage du retour s’est donc réalisé sous des auspices climatiques beaucoup plus heureux que celui de l’aller : il a permis de voir les Alpes sous des couleurs plus printanières, les sommets se découpant en blanc sur le ciel bleu, les arbres ayant mis leurs feuilles et leurs aiguilles (pour les mélèzes) nouvelles, d’un vert tendre et lumineux, le tout accompagné par les vocalises comparées des soprani interprétant le rôle d’Elvira, et choisies par notre président Olivier dans son immense culture discographique. Un peu de géographie des montagnes est venue combler les temps mort (et peut être empêcher certains de s’endormir) : on a pu mesurer la dissymétrie des versants italien et français, réviser le relief glaciaire des grandes vallées, des verrous et des ombilics, évoquer l’aménagement hydraulique du bassin de la Durance par le lac de Serre-Ponçon et le canal usinier d’EDF, la croissance du verger durancien de la pomme depuis un demi-siècle. Enfin, lorsque le bus a emprunté à partir de La Saulce un itinéraire du peintre William Turner (entre Aix-en-Provence et Grenoble, à l’automne d’une année entre 1835 et 1840 ), on a pu évoquer son étape de Sisteron, et les nombreux croquis et aquarelles qu’il y a dessinés ( qu’on peut retrouver sur : <tate.org,uk>, le site de la Tate gallery, qui a mis toute l’œuvre de Turner en ligne, ou en affichant simplement « Turner Sisteron » sur un moteur de recherche-images du web ; ou encore « sublime.site » pour trouver en anglais les textes de l’historien d’art de Manchester University, David Hill). Rappelons aussi que Turner a fait quelques croquis de la ville sur ses carnets n°174 (1819) et 235 (1829) lors de passages à Turin en revenant d’Italie vers la France par le col du Montcenis (idem : « Turner Turin » sur un moteur de recherche-images du web).

Roland Courtot, mai 2015

La solution du jeu :

Saint Hubert.jpgLa lanterne de la chapelle St Hubert de la Venaria est un trompe l’œil juste seulement lorsqu’on la regarde depuis l’entrée : l’architecte ne pouvait construite sur sa coupole une vraie lanterne, qui aurait dépassé la hauteur des toits du palais (crime de lèse- majesté !)


Date de création : 21/05/2015 @ 18:24
Dernière modification : 22/05/2015 @ 09:24
Catégorie : Voyages - Nos Voyages
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