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Alberto TOSCANO

Sacrés Italiens !

Armand Colin, 2014, 222 pages

 

Après avoir présenté à Aix des publications qu’on n’oublie pas (France-Italie, coups de tête, coups de cœur, - Vive l’Italie ! Quand les Français se passionnaient pour l’unité italienne et Ces gaffeurs qui nous gouvernent), Alberto Toscano offre à nouveau, le 13 mai, à l’invitation de l’AIAPA, l’occasion de lire et de commenter avec lui  son dernier essai au titre « azzeccato » (ou « indovinato » si l’on préfère) : Sacrés Italiens !

Tout à la fois observateur, témoin, sociologue, historien, chroniqueur, invité privilégié des émissions radiophoniques et télévisées, débatteur plutôt que polémiste…, le plus français des journalistes italiens montre la parfaite connaissance qu’il a de notre langue en captant d’emblée l’attention grâce à une interjection qui tombe malheureusement en désuétude alors qu’elle est si efficace pour exprimer l’étonnement (une sacrée surprise !), l’indignation (un sacré culot !), l’irritation  (sacré courant d’air !), l’admiration et/ou l’envie (une sacrée bagnole ! une sacrée classe !) ou des sentiments aux accents indéchiffrables selon le contexte et l’intention de ceux qui l’emploient (Sacré veinard !, une sacrée déculottée…) Et c’est bien, avec toute l’ambiguïté propre à cette tournure, ce qu’on entend fréquemment lorsqu’il est question de l’Italie qui suscite la curiosité, la sympathie, l’indulgence, l’agacement, l’irritation, voire la colère et qui,  trop souvent  chez beaucoup, traduit une déception qui est au niveau de l’amour passion que d’autres – parfois les mêmes selon les moments - lui portent.

La couverture, choisie ou acceptée par l’auteur, introduit le propos. On y reconnaît immédiatement des images qui, sous forme stylisée, évoquent des paysages (le Vésuve, Pise, Venise, la Rome païenne et chrétienne…) et des blasons devenus des stéréotypes (la pizza, la Bialetti, la 500, la vespa, le ballon de foot…,) mais aussi la mode, la presse, la cuisine, voire la politique. Tout un programme ou presque (du Colisée au Concordia en passant par les armes de la mafia) qui annonce un tableau dont on devine qu’il sera complété par la présentation de ce qui n’a pu trouver place sur la couverture : les événements historiques, le genre de vie, les mentalités et les divers secteurs de la culture notamment artistique.

Le projet est ambitieux qui, en vingt chapitres,  « ne veut (et ne peut) exprimer tous les éléments qui caractérisent la réalité, l’histoire et les traditions des Italiens […] qui ne laissent pas indifférents les autres peuples de la Planète : aimés et admirés, mais aussi critiqués et détestés : parfois admirés et détestés, le plus souvent aimés et critiqués. » Bref, « sacrés Italiens ! »

Comme dans ses autres livres, Alberto Toscano ausculte ses compatriotes dont il brosse avec une profusion de touches colorées et fortement contrastées l’image que les étrangers s’en font et celle qu’ils offrent eux-mêmes, consciemment ou pas. En survolant le titre des chapitres (« Une saison de plomb »,  « Touche pas à mon pot de vin », « Bunga bunga »,   « Télé-cobayes », « Chanter le soleil », « La main noire de la Mafia »), on se sent  en terrain de connaissance et l’on se dit que la lecture servira au moins à raviver des souvenirs sur des sujets ressassés. Mais la sacrée surprise (sacré Toscano !) vient de ce que, à chaque fois, l’auteur fait des mises au point et ajoute des compléments et des analyses qui consolident et enrichissent l’information. C’est vrai pour ce qui se rapporte  à l’histoire récente et à la politique (au moins pour les lecteurs qui n’ignorent pas ce qu’on appelle les « années de plomb »,  par exemple ) mais aussi pour des questions sur lesquelles Toscano offre des exposés qui visent la perfection (« Et Piaggio créa la Vespa », « La lettera 22 », « La belle histoire de Giulietta et (Alfa) Romeo », « Le miracle de la mode », « Vive les pâtes al dente! »). Histoire et faits divers se mêlent intimement et s’éclairent « a vicenda » ; le ton est habilement varié alternant humour , sourire et l’expression plus ou moins dissimulée de l’indignation ou de la colère, de l’impatience, de l’incompréhension ou du mépris, même si l’indulgence et la confiance prennent en définitive le pas sur la déception, voire le découragement. Alberto Toscano donne des coups de griffe (peu de coups d’encensoir) mais ne fustige pas. Et puis il y a tant de clins d’œil pour alléger le propos (dans le chapitre capital sur l’émigration : « Mario Bergoglio espérait vivre comme un pape en Argentine et son fils vivra comme un Pape au Vatican » ; quant aux  pages sur « fessi » et « furbi », elles constituent un morceau d’anthologie…) ! Chacune des parties mériterait qu’on s’y attarde pour y savourer les trouvailles sur le plan stylistique, et y puiser une documentation fiable et une réflexion de qualité. Sacré bouquin qui étonne et séduit à tout  moment !  

La publication est destinée à un public français dont Toscano sait bien qu’il ignore sur l’Italie tant de choses qu’il prétend connaître. C’est pourquoi, sur chaque sujet (et notamment sur les films dont il analyse la portée historique et sociale), il établit une brève fiche à caractère bibliographique, source d’information bien utile à des destinataires incités à se pencher, à leur convenance, sur ce qui les intéresse le plus. Si l’auteur n’était connu pour son refus du plaidoyer ou du sermon, on oserait parler d’une dimension pédagogique  (sauf erreur, pour la première fois, les citations sont données à la fois en italien et en français) qui confère à cet essai, à ce livre alerte, plaisant à lire, une solidité que n’offrent  pas toujours des écrits arborant fièrement leur identité d’études historiques ou sociologiques.   

Que ressort-il de ce tableau ? Que le titre est pleinement justifié. Oui, on découvre que les Italiens mérite(raie)nt d’être mieux connus, fréquentés, observés, consultés, écoutés, et qu’il est enrichissant, indispensable même, de discuter avec eux des questions politiques, sociales et culturelles sur lesquelles devrait se pencher avec confiance, fraternellement, la famille européenne dans laquelle ils occupent une place éminente.  

Sacrée  soirée si, profitant de la présence de l’auteur, appréciant sa verve, son sens de la répartie, et le poussant à dévoiler ce que lui ont apporté sa formation, ses expériences humaines et professionnelles, des années d’observation et de réflexion, les lecteurs veulent bien rester aussi longtemps que possible  sur ce texte important  en résistant  à la tentation de se perdre dans l’anecdote  (« Est-il vrai que Berlusconi va être papa ? » « Réussira-t-il à communiquer sa vitalité et sa vivacité d’esprit à ses patients de la Sacra Famiglia ? ») Un grand et vieux pays, une civilisation exemplaire, une culture inépuisable et immortelle, une  société qui mérite d’être mieux connue et respectée, voilà ce qu’Alberto Toscano invite une fois encore à découvrir en observant ces « sacrés Italiens ».

G.U


Date de création : 10/05/2014 @ 16:19
Dernière modification : 19/05/2014 @ 11:01
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