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Notre ami et passionné de musique Alberto Cantoni nous a envoyé quelques intéressantes considérations sur le Festival d'Aix 2013

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Aix-en-Provence 2013, l'art et la culture pour tous..... sous  toutes réserves

 

L'année 2013 a ouvert ses portes en Provence avec une grande attente : MP13 Capitale de la culture.

Il est donc juste de demander beaucoup plus que ce que l’on devrait attendre de programmes régionaux habituels, des programmes qui donnent la capacité à l'homme d’être « sapiens », car dans ces situations, il faut être témoin d'une manière de faire de la culture qui véhicule toutes les valeurs profondes de la réalité locale.

L'Art comme témoignage donc ! Et la réponse a été adéquate : de belles expositions de peinture valorisant la lumière du Midi avec des maitres qui créent l’événement à chacune de leurs apparitions (Cézanne, Modigliani, Van Gogh, Soutine), peintures situées dans une région lumineuse et vivante qui  nous rappelle l’inégalable Toscane ; et la musique, toute la musique qui complète avec le Festival les sensations de l'œil et de la pensée.

Aix, en effet, a toujours représenté un moment unique pour honorer Mozart dans toute sa splendeur - depuis les origines dans les années 50 avec Hans  Rosbaud, chef qui a tout fait pour innover au-delà de la matrice provocatrice de la musique nouvelle, et ce jusqu’aux dernières années, durant lesquelles  Mozart a été rapproché de façon classique et moderne - dans une forme musicale et visuelle intelligente qui nous apportait sa part de nouveauté sans jamais perdre le sens véritable de la pensée de Mozart, sans altérer l’italianité du lien entre Mozart et Da Ponte. Parce que le sommet de l'opéra italien de Mozart s'appelle Da Ponte et souligne le charme de l'ironie et le drame d'un monde proche de la Provence et connu pour être méridional en tout.

Cependant Les Noces de Figaro et Don Giovanni ont montré, , dans un passé récent, que l’orientation décadente de mise en scènes arbitraires était sur le point de dominer la scène du Festival : des transpositions forcées, des Noces dénuées de passion et un Don Giovanni qui ajoutait à la profonde tristesse d'être infidèle par nature une mise en scène lugubre, aux contours grotesques de cérémonie funèbre postmoderne, en violation de la beauté transcendante de l'amour juvénile.

Choix du Festival qui n’était pas heureux, parce qu'il a complètement exclu les personnages et le jeu des sentiments de l'équilibre admirable des mots et de la musique qui font l’histoire de Mozart-Da Ponte.

La saison 2013 a ajouté un nouveau mal. À un Mozart toujours médiocre, prononcé avec une lenteur exaspérante et joué avec une couleur du XIX siècle (il est difficile de comprendre comment un chef de la valeur de Minkowski a pu participer à de telles  transformations) s’est  ajouté un Rigoletto vraiment hors de toute raison. Il était sans doute intéressant d’accoupler Don Giovanni et Rigoletto, de modifier le contexte historique, de rapprocher les foudroyantes intuitions de Mozart avec le caractère ardent et passionné de Verdi et de mettre en scène la violation de l’intime vue sous différents points de vue, eux-mêmes souvent éloignés les uns des autres. Absurde, en revanche, obscène (au sens d'être hors de la scène) et trop facile la résolution du problème par un tourbillon furieux de personnages qui n'arrivent à obtenir qu’une vengeance digne d’un fait divers de journal de province.

Si on peut accepter un Don Giovanni mal articulé par des interprètes étrangers à la langue italienne et aux pures harmonies de la poésie du livret ; s’il est possible de justifier la lourde sonorité de l'orchestre, très bonne, mais très" London Symphony", pour Rigoletto, on n’arrive pas trouver une raison valable pour justifier une baisse de style si évidente, pour comprendre la substitution sur scène de l'humiliante souffrance humaine qui enveloppe tout, en faveur d'un tragique style Belle de Jour (avec mes plus plates excuses à Buñuel). La déception est d’autant plus grande quand on pense que les mêmes artistes et le même orchestre ont pu donner en d'autres temps et lieux des exemples positifs de théâtre et de musique, conçus et représentés en symbiose avec avec la culture de notre époque.

Au regard des méfaits de Don Giovanni et Rigoletto, devons-nous penser que la direction et l'interprétation globale de l'opéra de nos jours sont encore loin de ce renouvellement, nécessaire et riche de succès, que la musique et le chant avaient réalisé dans la seconde moitié du 20éme siècle ? Le programme du Festival a seulement récompensé la provocation et laissé dans l'ombre la beauté subtile de la musique et l'approche attentive des orchestres (opéra et concerts) du son pur et solitaire de la musique de chambre ?

En mettant les déceptions de côté, il est juste de dire qu'au cœur du Festival on a vu beaucoup de bon et de positif, tant avec la reprise d'Elena, œuvre oubliée de Cavalli, qu’avec le témoignage de l'Elektra de Strauss, qui ont marqué le paysage musical de cette année 2013.

Le choix de Patrice Chéreau peignant les scènes d’Elektra comme un tableau de Sironi, primitif et essentiel dans les couleurs, où la lente avancée des personnages incarne le cri déchirant d’Electre et l’orchestre dirigé par Esa-Pekka Salonen dit dans ses nuances ce que les mots ne disent pas et que la musique révèle, restera un moment inoubliable pour les amants de la musique

Ce résultat a pu être atteint, dans un autre concert, par Gianandrea Noseda avec la Sinfonia da Requiem de Britten et la Sixième Symphonie de Chostakovitch, dans la salle du Grand Théâtre de Provence.

La mise en scène et l'interprétation musicale de nos jours ne sont pas hors de la scène ou loin de la réalité de l'opéra, comme pourraient le suggérer Rigoletto et Don Giovanni ; elles savent être vivantes et présentes comme nous ne l'avons jamais vu par le passé et elles ont déjà réalisé cette transformation nécessaire pour témoigner des meilleurs fruits de notre temps. Le problème à résoudre tient à la médiocrité et aux compromis que les metteurs en scène, les chefs et les chanteurs sont prêts à accepter pour créer l'événement, sans penser qu'innovation veut dire recherche, nouvelle valeur, et même erreur, non une action gratuite pour la chronique du lendemain.

En 2013, à Aix-en-Provence, ont dominé les miracles de Cézanne, les pulsions convulsives de Van Gogh, le développement urbain de la magnifique Provence et une Elektra qui, avec des accents viennois tardifs, a transmis le testament grec, semence inaltérable de notre culture occidentale et méditerranéenne.

Un grand Atelier du Midi, en vérité.

 

Vous pouvez lire cette lettre dans sa version originale en Italien ICI


Date de création : 30/09/2013 @ 18:35
Dernière modification : 30/09/2013 @ 18:58
Catégorie : Rubriques - Nos amis écrivent pour vous...
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